[Interview] 10 questions à Élodie Torrente

Hello mes passionnés!

Aujourd’hui, après être restée longtemps sans vous proposer d’interviews, j’ai le plaisir de vous retrouver en compagnie d’Elodie Torrente qui a gentiment accepté de répondre à mes questions. Je la remercie d’ailleurs chaleureusement d’avoir accepté de se prêter au jeu et vous laisse faire sa connaissance sans plus attendre !

1 Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

J’ai 47 ans, j’habite en région parisienne, j’ai deux enfants, deux filles de 17 et 23 ans. J’écris depuis toujours, de la fiction depuis 2007, je suis publiée depuis 2008. J’ai un parcours professionnel un peu long à raconter. Ce qu’il faut en retenir c’est que mon premier emploi en tant que salariée était projectionniste dans un cinéma d’art et d’essai et le dernier, responsable de communication. En 2009, j’ai créé ma microentreprise de communication et en 2013, une association pour promouvoir l’écriture par des ateliers d’écriture et des publications de projets littéraires collectifs. J’y ai notamment fondé le Prix international de la Nouvelle humoristique francophone présidé chaque année depuis 5 ans par un écrivain reconnu. J’ai écrit une comédie musicale, des scènes de théâtre, des chansons et surtout des nouvelles dans différents genres (drame, comique, érotique, policier/thriller) dont une cinquantaine est publiée avant de rédiger mon premier roman VOSTFR, Version Originale Sous-Titrée Français sorti en mai 2018. En octobre dernier, ma dernière nouvelle, Du corps au cœur a été publiée dans « Un dîner de cons » , recueil collectif de dix nouvelles du Prix de la Nouvelle érotique 2018 par les éditions Au diable vauvert. Je travaille actuellement à l’écriture de mon deuxième roman.

2 Votre roman VOSTFR, Version Originale Sous-Titrée Français est paru chez NDB Éditions cette année. D’où vous est venue l’idée de cette histoire mêlant messages forts, romance et réflexion sur le handicap dans la société actuelle ?

Je suis mère d’une enfant née sourde, mon aînée, maintenant âgée de 22 ans. Fin 2014 est sorti un film en salle pour lequel la promotion annonçait le sous-titrage de toutes les copies dans toutes les salles de cinéma en France. J’étais ravie. Nous allions pouvoir enfin visionner un film français sur grand écran, ensemble, elle et moi ! Hélas, sur deux salles (une à Paris, l’autre dans le 95) dans lesquelles je me suis rendue, pas de copie sous-titrée. Ce qui m’a mise en colère. Non seulement on ne pouvait pas partager ce moment cinématographique assez unique mais, en plus, on parlait de sa communauté et de l’histoire des Sourds sans que ma fille y ait accès. Par la suite, à Noël (comme dans la scène du roman), nous lui avons offert le film Le père Noël est une ordure en DVD pensant qu’elle pourrait au moins voir ce film devenu culte. Là encore, pas de sous-titres. Au départ, j’ai « tweeté » le phénomène mais très vite j’ai compris que le sujet était inconnu de la plupart des gens. Pensant que l’histoire d’amour était la plus indiquée pour remporter l’intérêt du lecteur à propos du sujet, j’ai eu l’idée de cette rencontre entre Nina, la jeune femme sourde voulant devenir actrice et Sullivan, acteur et jeune coqueluche du cinéma français. Très vite, j’imaginai deux films tournés dans le roman qui me permettraient d’assouvir mon envie de faire des recherches et de partager l’Histoire des Sourds. VOSTFR était né.

Par la suite, à Noël (comme dans la scène du roman), nous lui avons offert le film Le père Noël est une ordure en DVD pensant qu’elle pourrait au moins voir ce film devenu culte. Là encore, pas de sous-titres. Au départ, j’ai « tweeté » le phénomène mais très vite j’ai compris que le sujet était inconnu de la plupart des gens. Pensant que l’histoire d’amour était la plus indiquée pour remporter l’intérêt du lecteur à propos du sujet, j’ai eu l’idée de cette rencontre entre Nina, la jeune femme sourde voulant devenir actrice et Sullivan, acteur et jeune coqueluche du cinéma français. Très vite, j’imaginai deux films tournés dans le roman qui me permettraient d’assouvir mon envie de faire des recherches et de partager l’Histoire des Sourds. VOSTFR était né.

3 Dans VOSTFR, quel est le personnage que vous avez le plus apprécié façonner ? Et celui qui vous a posé plus de difficultés ?

Comme vous vous en doutez, je me suis inspirée de ma fille pour le personnage de Nina. C’était plus facile, parce que je la connais bien et à la fois plus difficile pour la même raison. Ce fut le personnage le plus agréable à façonner mais aussi le plus complexe car je ne suis ni sourde, ni elle. Il a donc fallu que je lui emprunte certains traits de caractère, que j’en invente d’autres pour parvenir à créer un personnage de fiction. Sullivan, le personnage masculin comme Lucas ont été plus évidents, moins composites. L’un est le faire-valoir de l’autre quand les deux existent à travers et pour Nina. J’avoue avoir eu un petit faible pour la casteuse, Marie Briou. Même si c’est un personnage mineur, je me suis beaucoup amusée à la faire vivre dans cette fameuse scène avec Sullivan.

4 D’où vous est venue l’idée d’allier les sujets de la surdité et du cinéma comme moyen d’intégration dans la société actuelle pour ce récit ?

L’intégration est un sujet qui m’interpelle. À l’heure des peurs migratoires, de la crise, des replis identitaires, du discours politique sur la place des personnes handicapées dans nos écoles, nos villes, nos vies, il me semble primordial de montrer qu’en France, on est loin du compte en termes d’intégration même pour des populations nées sur notre sol depuis des générations. Le cinéma est un vecteur d’intégration culturel grand public. Or, deux millions de personnes n’y ont pas accès. Deux millions de personnes (dont certaines entendaient mais n’entendent plus) mises sur la touche, avec lesquelles il n’est pas possible de partager une culture commune. Associé à la tendance de notre société à se replier derrière des écrans individuels, le fossé entre les citoyens se creuse de plus en plus. Ce communautarisme, par la scission entre les groupes qu’il opère, s’avère dangereux pour l’acceptation de la différence et donc la construction d’une société où il fait bon vivre ensemble.

5 Votre roman évoque un sujet fort, mis en avant par la relation vécue entre Nina, atteinte de surdité et celui qui fait battre son cœur. Quelles recherches/expériences avez-vous menées pour nourrir ce récit d’authenticité ?

Concernant l’histoire d’amour, je n’ai mené aucune recherche. J’ai puisé dans mes expériences passées mais aussi dans celles des autres et dans mes lectures, de façon à rendre la romance la plus authentique et crédible possible. J’ai mené des recherches sur les personnages historiques Sourds dont parle le roman. Ainsi toutes les scènes historiques suivent à la lettre les textes qui relatent, entre autres, la visite du pape Pie VII en 1805 à l’Institut Saint Jacques devenu Institut National de Jeunes Sourds (INJS) de Paris ou encore, plus tard, la création des banquets Sourds grâce au soutien de personnalités de l’époque dont le célèbre Auguste Blanqui.

6 Nina rêve de devenir actrice et ainsi de dépasser son handicap. En quoi le choix de ce personnage féminin fort vous tenait à cœur ?

Je suis une femme de notre époque, née libre, parce que d’autres se sont battus pour ça. Il est important pour moi de défendre les femmes et de montrer que le handicap n’existe qu’à travers le regard des autres. Nina représente cette bataille pour être soi, s’accepter et se réaliser socialement même si l’on est issu d’une minorité invisible et silencieuse.

7 Quelle scène avez-vous le plus appréciée écrire ? Et laquelle vous a présenté le plus de difficultés ?

Incontestablement la scène entre le producteur et Sullivan, quand l’acteur demande des explications à propos de l’absence des sous-titres dans Deaf History, a été l’une des plus sympathiques à écrire. La scène qui a été la plus difficile c’est celle des premières heures de tournage à l’Institut National de Jeunes Sourds à Paris, par l’alternance des personnages historiques et de fiction qu’elle imposait et qui se devait d’être très compréhensible pour le lecteur.

8 L’histoire de Nina, Lucas et Sullivan est tirée en partie de faits réels. Pourriez-vous nous citer quelques éléments de votre propre histoire qui ont servi à l’écriture de ce roman ?

J’ai été apprentie comédienne de 20 à 25 ans. J’ai donc assisté à des castings où l’on attend longtemps, où l’on observe beaucoup. Comme je le disais au début de cet entretien, ma découverte de l’absence de sous-titres au cinéma dès le plus jeune âge de ma fille, celui des dessins animés à la période de Noël, m’a aussi beaucoup servi. Ma visite de l’INJS à Paris, mes lectures et recherches ainsi que ma propre expérience auprès des Sourds et des Malentendants m’ont été très utiles. Enfin, l’amour que je porte à ma fille a été mon fil conducteur tout au long de l’écriture. Car, si j’ai écrit ce roman pour mettre en avant ce sujet des sous-titres en salle et ce défaut d’intégration des Sourds, je l’ai surtout et avant tout écrit pour mon aînée. Pour lui donner la force d’y croire, la force de se battre, à elle comme à tous. Handicapés ou valides. Sur ce sujet ou un autre.

Ma visite de l’INJS à Paris, mes lectures et recherches ainsi que ma propre expérience auprès des Sourds et des Malentendants m’ont été très utiles. Enfin, l’amour que je porte à ma fille a été mon fil conducteur tout au long de l’écriture. Car, si j’ai écrit ce roman pour mettre en avant ce sujet des sous-titres en salle et ce défaut d’intégration des Sourds, je l’ai surtout et avant tout écrit pour mon aînée. Pour lui donner la force d’y croire, la force de se battre, à elle comme à tous. Handicapés ou valides. Sur ce sujet ou un autre.

9 Dans votre livre la différence est au cœur de l’intrigue. Quel message avez-vous souhaité véhiculer à travers le vécu de vos personnages ?

À mes yeux, n’est handicapé que celui qui refuse la différence. Avec VOSTFR, j’ai voulu montrer que la surdité était considérée comme un handicap par nous autres entendants mais pas forcément par les Sourds et certains entendants comme moi. J’ai voulu souligner que l’histoire des Sourds c’est aussi notre histoire, que les deux sont intimement liées, ce que peu d’entre nous savent. J’ai aussi voulu démontrer qu’à l’heure de la politique d’intégration des handicapés (sujet à propos duquel il y aurait beaucoup à écrire), les Sourds et Malentendants ont été oubliés, certainement parce que la surdité est une déficience invisible. Par le personnage énergique de Nina, j’ai voulu prouver qu’on pouvait atteindre ses rêves en étant différent, que cette différence était la richesse, la sève d’une vie.

J’ai aussi voulu démontrer qu’à l’heure de la politique d’intégration des handicapés (sujet à propos duquel il y aurait beaucoup à écrire), les Sourds et Malentendants ont été oubliés, certainement parce que la surdité est une déficience invisible. Par le personnage énergique de Nina, j’ai voulu prouver qu’on pouvait atteindre ses rêves en étant différent, que cette différence était la richesse, la sève d’une vie.

10 Un dernier mot ?

Merci Hélène pour cet entretien. J’ai été touchée que vous ayez apprécié ce premier roman. J’espère que d’autres lecteurs auront envie de le lire, non pas uniquement pour épouser la cause des Sourds et des Malentendants, même si elle a besoin de soutien, mais pour défendre la richesse de la différence, pour croire en la force de l’amour. Ce puissant sentiment qui n’a pas besoin d’oreilles pour être partagé.

Pour retrouver mon avis sur le roman d’Elodie Torrente, n’hésitez pas à aller consulter ma chronique ici.

Pour plus d’informations:

Site Web de l’auteure

Sa Page Facebook

Site Web de la Maison d’Edition

Page Facebook de NDB Editions

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